Les « Modèles Imaginaires » coûtent cher à la France! 2/2

LE CERCLE. La régression démographique de l’Europe, Allemands compris, coûte cher à la France. Celle-ci a offert 5 millions de consommateurs à ses voisins… qui ne lui ont rien donné. Faites vos calculs : le marché disponible pour la France régresse quand le marché offert qu’elle offre progresse…vous avez dit déficits ?

Dans le précédent texte, on a montré que le ridicule ne faisait pas peur à cette classe d'intellectuels français recherchant partout le "modèle" étranger comme les chevaliers de la Table Ronde couraient après le Graal. Dans le suivant, on veut montrer que les soi-disant "Modèles" coûtent fort cher à la France. La question des "déficits" prendrait une autre dimension si on voulait bien les considérer autrement qu'en se référant sans cesse aux "Modèles Imaginaires" que Molière n'aurait pas pu imaginer plus ridicules.

Les modèles imaginaires

Allons directement au but : si la France, dans les quinze dernières années avait fait comme le Danemark, ou comme l’Allemagne… elle n’aurait pas de chômeurs. Disons-le clairement et fort. Ce serait le plein emploi ! À tous points de vue, y compris dans la version « faux chômage » des emplois aidés ou des temps partiels. Mauvais approche du problème, on en conviendra.

Il y a plusieurs façons d’attaquer la question. L’une d’entre elle n’est jamais abordée : en Europe, faire des enfants c’est fournir du business aux autres ; inversement, les pays qui ne font pas d’enfants restreignent les marchés accessibles pour leurs voisins.  Prenons l’exemple de la France. Les importations françaises représentent 30% du PNB. Chaque année, la démographie Française offre aux pays étrangers l’équivalent de 1 700 000 consommateurs (60% Union européenne) sur les 5 millions qu’elle a «produits» dans les 15 dernières années.

Pendant ce temps-là, tous les pays européens (sauf l’Irlande) connaissent une diminution de leur population et réduisent notre potentiel d’exportations.

Si les hommes politiques français étaient un peu audacieux et moins promptes à s’aplatir devant les modèles Danois, Allemands, Canadiens et autres, ils le clameraient haut et fort. Ils diraient aux Européens que s’ils s’étaient comportés comme les Français, il y aurait au minimum 20 millions d’habitants en plus dans l’UE. Qui importeraient des produits français. Comme la France, exporte près de 25% de son PNB, ce sont 5 millions de consommateurs qui lui ont manqué. En équivalent PIB, il manque à la France, l’équivalent 42,5 milliards de revenus soit 3% de PIB !!! Veut-on cauchemarder l’avenir de la France ? Il suffit de penser à la structure démographique de nos voisins dans 25 ans… les seniors domineront le paysage économique. Retraités appauvris et «quatrième âge» affaiblis : le potentiel de consommation sera davantage amoindri étant couplé à la disparition de consommateurs par dizaines de millions !!!!

Raisonnement absurde ou par l’absurde ? Faut-il encore marteler que la France est placée au sein d’un univers en régression ? Faut-il rappeler que les 20 000 000 d’habitants qui manquent à l’Europe ne sont pas le seul fait des Danois (!!!) ni des Allemands, mais aussi des Italiens, des Espagnols etc. La vraie question des déficits français est bien là : bien sûr des éléments de compétitivité jouent…. Mais pas tant que ça, en définitive, toutes les statistiques et études mondiales sur notre pays en décrivent l’économie comme une des plus innovantes, une des plus modernes et des plus avancées dans des domaines particulièrement pointus ; une économie qui aligne une diversité de très grandes entreprises et de banques qui la mettent loin devant… l’Allemagne. En revanche, que nous servira d'être compétitifs si les marchés de nos voisins rétrécissent sans cesse au fil des ans!

Le coût de l'Europe

Enfin, on viendra à la façon traditionnelle d’aborder la question du dynamisme démographique français : les coûts ! Eh oui, les Allemands, les Danois et tous les autres font des tas d’économies ! Là où la France doit dépenser pour naissance, écoles, cliniques et crèches, formation, éducation, santé, logement etc.... les autres ronronnent sur leurs équilibres budgétaires. De temps en temps, ils se réveillent en pensant que, dans 20 ans, leurs retraités seront trop pauvres et leur quatrième âge pèsera affreusement lourd sur une population active réduite en peau de chagrin... Pour ce qui est de la France, On a évalué que le coût sur 15 ans d’un enfant s’élevait à 300 000 d’euros dont un tiers en dépenses publiques diverses… faites votre calcul ! Le mien donne que 5 millions d’enfants sur 15 ans auront coûté à l’Etat, de l’ordre de 20 milliards d’euros par an en moyenne soit 1.2% du PIB actuel et 3.2% du budget de l’Etat… 3.2! Non loin du fameux 3.0 qui fait trembler les gouvernements de la zone euro.

La France n'a pas à rougir d'une bonne partie de ses déficits car ils sont, en termes de coûts, le «revers» de sa démographie.  En revanche, il ne faut pas oublier que ses voisins, dont la démographie est exactement inverse, contribuent indirectement à les aggraver.

La démographie française est le signe d’une population plus dynamique et confiante dans l’avenir qu’on le dit ou le croit.  Surcoût pour le présent, elle sera une chance pour l'avenir. Le nier, l'ignorer, ne pas être capable de le quantifier relève d'une vision primaire de l'économie. L'Europe devrait être une chance pour la France si celle-ci était entourée de populations dynamiques et confiantes dans l’avenir. La réalité est toute autre on l’a montré. Dans ces conditions, plutôt que d’exiger de la France qu’elle respecte des obligations présentes alors que ses « associés » ne respectent pas leurs obligations pour l’avenir, il serait logique que l’Europe mette en place un système de compensation refinançant les pays porteurs d’avenir au lieu de s'obstiner à leur demander de s’aligner sur les avaricieux qui préfèrent le présent. Ne serait-il pas normal, que les pays Européens, participent à nos frais de jeunesse, d’avenir et de renouvellement? Nous leur fournissons les consommateurs de demain !

Source : Les Echos - 5 avril 2014