Le modèle danois vient de frapper ? Fuyons les « Modèles Imaginaires » ! 1/2

LE CERCLE. Il faut prendre garde qu’un modèle étranger peut en cacher un autre. Le dernier en date, c’est le modèle danois. On a eu le modèle allemand, le modèle anglais. Aujourd’hui le modèle danois à la cote. Pas de chômage. Pas d’inflation. Comme l’Allemagne ! Et comme l'Allemagne, une démographie qui se traine. Résumons-nous : si vous voulez éviter le chômage ne faites pas d’enfants…

Première livraison: pas d'enfants, pas de chômeurs ?

Les Français, les intellectuels français n’aiment rien moins que de déplorer la France et d’encenser les pays qui l’entourent. C’est une constante. Nous avons le modèle Allemand et de temps à autres déboule le modèle canadien ! Mais c’est bien loin et c’est très froid (et puis leur gaz ou pétrole de schiste sont tout l’inverse de l’ambition écologique de nos intellectuels de base).

Le modèle Danois, ce ne sont pas les Vikings !

Récemment, on a vu s’esquisser le modèle danois. On pouvait lire ces phrases fortes, si fortes qu’elles ne pouvaient que faire trembler la France et les Français : « Les danois ont réussi à répondre au défi de la croissance et du chômage » équivalent, en langue de bois économique, du vieux « Nous gagnerons parce que nous sommes les plus forts ». Et il est vrai qu’ils sont forts ces danois ! Le taux de chômage est chez eux tout aussi symbolique que celui des Allemands : il serait tombé à 5.3% de la population active. Et quand on compte les chiffres de croissance ou de décroissance du chômage, il suffit presque des doigts de deux mains. En février, ils étaient 2700 de moins qu’en janvier le tout pour une malheureuse armée de réserve des travailleurs (comme on dit dans l’ultra-gauche française) de 140 600 personnes.

Rien qu’à lire le nombre en valeur absolue, un Français normalement constitué se prend à blêmir de honte. Et quand on y rajoute les valeurs relatives, il ne reste plus qu’à se jeter du haut de la tour Eiffel. Et pourquoi les Danois réussissent-ils là où les Français ratent complétement ? C’est très simple, comme les Allemands, et peut-être parce qu’ils ressemblent un peu aux Allemands, ils ont fait des réformes de type « Hartz ». Et elles sont sévères ces réformes : les jeunes (au Danemark on est jeune jusqu’à 30 ans et on est vieux à partir de 40) qui n’ont pas de diplômes et qui s’obstinent à ne pas travailler se voient supprimer toute aide sociale. Ils n’ont pas beaucoup de choix les jeunes au Danemark : ils doivent, s’ils n’ont pas de diplôme, suivre une formation. En contrepartie, ils sont payés comme les étudiants (ce n’est pas un salaire, mais une subvention).

Les Danois qui sont honnêtes avec les statistiques et qui s’efforcent de les faire justes (au contraire des Allemands qui n’arrêtent pas de se tromper et ont vu leur population passer récemment en dessous de 80 millions d’habitants pour une erreur dans le décompte des gast-arbeiter), attribuent une partie de la baisse aux travaux de nettoyage et de remblayage qui ont été rendus nécessaires par le passage de deux ouragans. Les Danois auraient beaucoup recruté en agents de surface temporaires. En France, les tempêtes n’ont pas fait bouger d’un iota la courbe du chômage. Et c’est normal, les chômeurs au Danemark se comptent en milliers, en France, ils se comptent par millions!!! Plus loin encore, dans l’honnêteté statistiques, les danois ont noté que certains aspects de la diminution du chômage étaient dus à des «mini-jobs» ou à des sorties du registre « chômeur » et des rentrées dans le registre «formation».

Donc, mis à part ces quelques finesses statistiques, nos amis Danois ont tout bon ou à peu près, comme d’ailleurs nos amis Allemands et tous nos amis autour de nous. Et nous, tout seul, nous sommes au milieu de nos amis comme le petit canard noir au milieu de la bande des blancs !
Or, une fois de plus, on confond tout et surtout, on oublie qu’il n’y a rien de plus facile que de juguler le chômage quand la population active stagne. Quand elle décroit, réduire le chômage devient un plaisir. Une fois de plus, je me vois obligé de rappeler quelques « basiques » sur le chômage et la population.

Ne faites pas d’enfants, vous ne ferez pas de chômeurs !

Cette formule est violente, j’en conviens mais aussi, reconnaissons que les petits génies du traitement du chômage en Europe sont des pays en voie d’extinction ! Si les Danois continuent à ne pas produire d’enfants, il va leur arriver ce que redoutent certains Allemands : le Danemark disparaîtra.Personne en France ne pourra s’en réjouir. Les Danois ont joué un rôle de premier plan dans notre pays. Ils ont un peu pillé mais du coup ont fait circuler les richesses qui étaient thésaurisé par les moines et les barons. Ils ont été duc de normandie. Ils sont signé le traité de Sainte claire sur Epte. Ils nous ont permis de conquérir l’Angleterre et de lui apporter la civilisation. En Europe aussi, ils ont beaucoup contribué : ils ont libéré les Deux-Siciles et on dit même que les meilleurs Ukrainiens seraient des descendants des Danois (on ne dit pas s’ils sont du côté Russe ou du côté non-russe)

Il n’y a pas lieu par conséquent de trouver drôle que Le Danemark, de 1990 à 2005, ait vu le nombre d'emplois n’augmenter que de 1,7 % (43.600, de 2.615.000 à 2.658.600) contre 11,2 % en France! (2.521.000 c'est-à-dire de 22.400.00. à 24.921.000). Mais d’un autre côté on admettra que contenir le chômage dans ces conditions est à la porter du premier technocrate à manche de lustrine venu. Il suffit de laisser décliner la population active et de multiplier les préretraites: il y en a autant au Danemark qu’en France pour une population dix fois plus faible! Ou bien, faire des fonctionnaires : les deux-tiers de la population active est payée sur le budget de l’Etat ou bénéficie d’aides sociales.

Est-ce à dire que les Danois, ravis d’obtenir des résultats incroyables bons en matière de chômage, ne veulent surtout plus entendre parler de natalité, nuptialité, enfants, crèches et autres choses qui se traduisent toutes par des coûts, des impôts et des nuits blanches quand les enfants ne dorment pas? Ce ne serait pas pensable : le Danemark lutterait contre la dénatalité. De très nombreuses mesures ont été prises en ce sens. Hélas ! Rien n’y fait, même les initiatives cocasses des agences de tourisme danoises qui proposent des réductions aux couples sans enfants dont les vacances se concluraient par des naissances !!! C’est sûrement une blague ! Dans le domaine des stimulants à la production d’enfants, rappelons que la formule idéale, expérimentée aux Etats-Unis, il y a maintenant un bon nombre d’années : c’est la coupure d’électricité qui dure !

Pourquoi assassiner ainsi un petit pays pacifique qui n’a rien fait de mal et qui fait plutôt du bien aux gens qui y vivent : de passage à Copenhague, j’en ai eu la démonstration à la fois chiffrée et affective de la bouche d’un Français qui y vit et y travaille ? « Heureux comme un Français au Danemark », voilà comment aurait pu s’intituler cette conversation ! Je n’en veux pas aux Danois, pas plus qu’aux Allemands. J’en veux aux Français qui ne cessent de chercher des modèles là où il n’y en a pas. C’est une maladie française qui n’a pas encore été traduites en farces théâtrales. On pourrait l’intituler : «le modèle imaginaire».

A suivre dans la prochaine livraison: le coût pour la France des pays modèles

Source : Les Echos - 4 avril 2014