Conférence du 12 décembre 2012 au Parlement Européen : Espoir ou déception ? (04. Marinella Colombo)

Marinella Colombo a ensuite pris la parole pour faire quelques remarques à Philippe Boulland avant son départ pour se rendre là où d’autres affaires l’attendaient [i]. Après avoir pris connaissance du rapport de la délégation européenne qui s’est rendue à Berlin le 23 et le 24 novembre 2012, elle a encore une fois constaté  « qu’il y a des demi vérités qui sont dites par les allemands et qu’en tant que demi vérités, ce sont des mensonges… ». Elle a pris pour exemple qu’ils « parlent du code civil allemand tout en se gardant bien de parler du code social et du Fam. FG, c’est-à-dire un code qui règle les décisions non contradictoires, ce qui est déjà tout un programme… ».

Elle a ensuite évoqué l’affaire de Monsieur Gilberti et a critiqué la manière dont l’information a été publiée.  « On explique que c’est un papa qui n’a pas payé la pension alimentaire de façon à ce qu’on dise en France qu’il a effectivement commis un délit s’il n’a pas payé la pension alimentaire de ses enfants. Or, le problème est tout autre et on n’en parle pas. Ce n’est pas l’ex femme de Monsieur Gilberti qui réclame le versement de cette pension, mais l’état allemand. Grâce à la mesure de la Beistandschaft, Monsieur Gilberti, comme tous les autres parents non allemand est devenu débiteur à vie de l’état allemand. D’ailleurs, nous venons d’apprendre que la pétition qui a été déposée contre cette mesure vient d’être déclarée recevable parla Commission… ».

Après quoi, Marinella Colombo est revenue sur le MAE en apportant son témoignage personnel : « … Quand on dit, oui effectivement, il y a un usage un peu exagéré du MAE, vous savez, j’étais partie en Italie en 2008 en vacances avec mes enfants et le jour où mes enfants étaient avec leur père, j’ai été insérée dans la liste Interpol pour avoir enlevé mes enfants qui étaient avec leur père. Cela fait maintenant deux ans que mes enfants ont disparu en Allemagne, qu’on efface leur famille et toute leur culture italienne, tout comme pour plusieurs parents ici présents qui viennent témoigner le même fait… Alors vous comprenez, moi, je ne suis pas quelqu’un qui boit ou qui devient fou etc. Moi j’ai écrit un livre et quand je vous parle, je vous parle des lois et des codes allemands, parce que moi, ayant vécu dix ans en Allemagne, tout en parlant parfaitement l’Allemand, j’ai été discriminée. Je n’ai pas été discriminée parce que je ne comprenais pas la langue. J’ai été discriminée parce que justement, je comprenais ce qui était en train de se passer. Parce que  quand, la dernière fois que j’ai eu la possibilité d’aller en Allemagne, c’est-à-dire, au mois de juin de cette année, je me suis retrouvée devant la juge de la cour d’appel qui implorait le Jugendamt de me faire rencontrer mes enfants que je ne voyais plus depuis un an et demi et qui étaient dans la pièce d’à côté ; et le Jugendamt qui répondait non, il faut faire une demande  de visites surveillées ; et la juge qui continuait d’implorer ; alors comment peut-on dire que le Jugendamt est un service social qui est là pour apporter aide et soutien au juge ? Je l’ai vu de mes yeux. Il y avait la juge qui demandait au Jugendamt « s’il vous plaît, est-ce qu’on peut lui faire rencontrer ses enfants ? » ; et elle le faisait parce qu’elle savait que cette audience avait été médiatisée, parce qu’elle savait que le jour d’après, si je n’avais pas rencontré mes enfants, tout le monde l’aurait su… Et donc pourquoi continue-t-on à essayer de cacher la vérité ?..    Il y a des parents qui ne sont pas venus aujourd’hui, parce qu’ils ont peur, ils ont peur de terminer comme Monsieur Gilberti. Parce que sans rien faire, on peut se retrouver avec un mandat d’arrêt. Moi, je n’avais rien fait et je me suis retrouvée avec un mandat d’arrêt… je me suis retrouvée en prison… Alors que quelqu’un comme moi meure… Il n’y a pas besoin de se suicider pour mourir en prison (NDLR : Madame Colombo est italienne. L’Italie fait régulièrement l’objet de condamnations en raison de la surpopulation carcérale)… Et moi je ne peux pas oublier d’avoir porté deux enfants dans mon ventre. Je ne peux pas l’oublier… Et on essaye de nous faire de grands discours : normalement le Jugendamt travaille bien. Alors je vous dis, les couples allemands qui ont des problèmes avec le Jugendamt (moi aussi, parce que je connais la langue, j’ai vu des centaines de dossiers) ont toujours, ou bien une origine étrangère, ou bien des liens très étroits avec l’étranger. Il y a ici une femme, elle est allemande, qui a fait la faute de très bien s’entendre avec son mari français… Alors, on parle de litige, quel litige ? Il n’y a pas de litige. Quand il y a un parent allemand qui regarde vers l’étranger, qui a de bonnes relations avec l’étranger, lui aussi est criminalisé. Alors vous comprenez… [ii] OK, Comme je vous l’ai dit, j’ai fait une analyse de tout ce qui est écrit dans ce rapport. Ce n’est pas l’émotion que j’essaye de laisser chez moi, mais c’est vraiment une analyse très claire très lucide de tout ce qui manque et de toutes les lois allemandes dont on ne parle pas.

Poursuivre avec la réponse de Philippe Boulland...

 


 

[i] Son attaché, Maxime Obé est resté jusqu’à la fin de la conférence. 

[ii] Monsieur Philippe Boulland fait signe qu’il doit absolument s’en aller.