Ses fils en Allemagne, il se bat pour ses droits

Article publié le 15/09/2017 dans le quotidien Ouest-France

Fabien Le Coutey regrette le manque de soutien du gouvernement français. |

Fabien Le Coutey se heurte depuis dix ans à l'office de la jeunesse allemande. Ses deux fils, français, vivent en Allemagne avec leur mère.

Une semaine à Noël, trois semaines durant les vacances d'été, une semaine à Pâques et un couloir d'appel le mardi soir. Ainsi se résument les droits de père de Fabien Le Coutey. Ses deux garçons, français, nés à Vannes, âgés de 15 et 11 ans, vivent en Bavière avec leur mère.

Il n'imaginait pas, en 2007, lorsqu'il se sépare de sa femme, française, qu'elle referait sa vie en Allemagne. En août 2008, elle franchit le Rhin avec ses fils, âgés de 6 et 2 ans. Il porte plainte au commissariat pour enlèvement. « On m'a conseillé de monter une équipe pour aller chercher mes enfants », se souvient-il.

Un bras de fer s'engage entre les deux parties, pendant environ huit mois, jusqu'au moment où l'on diagnostique au père de Fabien Le Coutey, une grave maladie. Éprouvé et fragilisé, le Vannetais signe un accord en 2009, qui lui octroie dix semaines par an avec ses enfants. Une décision qu'il regrette car, une fois le divorce prononcé en 2010, il n'a plus d'outils juridiques à sa disposition.

« Aujourd'hui, mon fils me rejette »

La donne change début 2016. Fabien Le Coutey est convoqué devant la justice allemande, car son fils aîné, 15 ans, ne souhaite plus le voir. Chose possible outre-Rhin, si l'adolescent est dans sa quatorzième année. Obligé de se présenter, au risque d'essuyer une amende de 1 500 €, le Breton est incapable de comprendre ou de s'exprimer dans la langue de Goethe. Faute d'aide juridique française, à dix jours de l'audience, l'association Enfants otages lui indique un avocat français, Me Revel. Installé en Allemagne, il est spécialisé dans le droit des familles.

Devant le tribunal, en mai 2016, le père apprend que ses fils ont été entendus par le Jugendamt (Office de la jeunesse allemande). L'avocat des enfants parle de « manipulation », en désignant la mère et son conjoint. Mais la justice allemande estime qu'il y a « trop de périodes de vacances chez leur père ». Sur les six visites, il n'en reste plus que quatre. Et l'aîné accepte de venir à Noël et aux grandes vacances. Sauf que... « cela fait un an et demi que je ne l'ai pas vu, il n'est pas venu. Et refuse le dialogue depuis le début de l'année, relate Fabien Le Coutey. Aujourd'hui il me rejette. » Sa crainte est de voir le même scénario se répéter d'ici deux ans, avec son deuxième fils.

L'homme de 49 ans oscille entre incompréhension et colère. « C'est lamentable, il y a une complicité de l'État français, qui se laisse faire par l'Allemagne. » Son crédo aujourd'hui est de faire connaître son histoire, mais pas uniquement, celles aussi des autres, des parents avec qui il entretient des échanges quasi quotidiens, via l'association Enfants otages.

« J'arrête de me battre contre le système allemand. Les enfants sont protégés par les lois allemandes, mais protégés de quoi ? On est traité comme des criminels. »

Éléonore Bohn